Jacques Monory

Jacques Monory

La peinture de Jacques Monory est un choc visuel, un coup de poing. Monory est unique dans le sens où il se positionne ouvertement à la frontière de la peinture, du cinéma et de la photographie. S’il fallait désigner la forme d’expression dominante, c’est visuellement le cinéma qui semble supplanter la peinture. Jacques Monory, né en 1934 à Paris, a grandi près d’un cinéma Pathé et l’empreinte des séries B américaines imprègnent une grande partie de son œuvre au point où l’on peut parler de peinture-cinéma. Monory comprend très vite qu’en reproduisant l’impact visuel du cinéma il en utilise la dimension fédératrice de l’inconscient visuel d’une époque : dans le même temps où l’art abstrait exclue le plus grand nombre, à l’inverse, le cinéma s’adresse à un très large public. Si le format allongé de ses toiles renforce leur dimension cinématographique, c’est le climat, l’ambiance que Monory restitue avec des thématiques toujours très sombres, la mort, le crime, la déchéance, qui puisent leur référence dans le 7ème art. Ces thèmes sont déclinés par des séries d’au moins 5 tableaux.

Monory fuite n°3 1980

A l’origine de ses réalisations, Monory puise sa source dans la photographie qu’il extrait dans les magazines, films ou les albums de famille lors de ses voyages aux Etats-Unis. Il y a, chez Monory, un subtil échange de moyens et de résultat entre la peinture et la photographie : La photo sera collée sur la toile et interviendra dans la composition du scénario comme énigme brouillant les pistes ou, au contraire, comme pièce à conviction ; dans ce dernier cas, c’est la photo qui donne la clé de l’œuvre alors que la peinture fournit le support réaliste. La photo pourra aussi être colorée ou présentée en séquence de manière à accélérer le rythme de la toile et multiplier les scènes et angles de vision. Mais dans toutes les configurations, c’est la peinture qui apporte le plus, la dimension émotionnelle, vivante, à la production mécanique de la photo, comme une seconde lecture.

Monory Toxique n°26 1983

L’œuvre de Monory est identifiable par la dominance monochromatique du bleu qui contribue à renforcer l’impression d’évoluer entre réalité et fiction. Dans un premier temps, le bleu Monory amplifie l’angoisse, puis dans un second temps, relayée par la maitrise du scénario et l’évidence d’une mise en scène, il neutralise progressivement l’agressivité et la violence exhibées. Ce sentiment mitigé, rend la peinture de Monory mystérieuse et ambivalente : faut-il s’angoisser ou sommes-nous là pour nous divertir ; les tableaux de Monory accélèrent les pulsations et nous transportent dans un monde étrange et surréel.

Monory mesure n°6 1972

Pour illustrer la peinture de Jacques Monory, j’ai choisi Noir n°9 de 1990. On y retrouve, toute la virtuosité de Monory exprimée dans son traditionnel bleu monochromatique. L’impact cinématographique s’appuie sur les deux plans superposés en montage inversé et sur l’effet de travelling du à la profondeur de champ qui est accentué par les deux passants marchant en sens opposé. La tenue légère, estivale de la jeune femme est en rupture avec l’homme blessé, qui est au sol. On ne voit pas les regards des passants mais on peut supposer, compte-tenu de leur posture et de leur mouvement, qu’ils sont étrangers à la souffrance de l’autre. L’intensité dramatique est prolongée à l’infini, confirmant si nécessaire, la densité et la charge émotionnelle apportées par la peinture à l’image.

Monory Techicolor n°19

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