About Stefan Chaligne

stefan-chaligneMon nom est Stefan Chaligne. J’ai découvert la Figuration Narrative à la fin des années 90 au moment où le Pop Art connaissait une nouvelle vague de spéculation. Un ami suisse, grand collectionneur d’art contemporain me recommandait alors de jeter un œil sur cette forme d’expression utilisant certaines techniques du Pop Art. Quelques jours plus tard je décidais de passer chez Laurent Strouk, le spécialiste de la Figuration Narrative, qui tenait à l’époque sa galerie rue Jacques Callot non loin de l’école des Beaux Arts. Laurent avait en exposition permanente les figures emblématiques de la Figuration Narrative : Monory, Rancillac, Sclosser ; Klasen… Ce fut un choc: j’avais enfin trouvé un art, qui offrait émotion et perspective temporelle ordonnées autour de l’homme hic et nunc, exprimé à travers une facture picturale moderne.

N’ayant jamais collectionné ou acheté de l’art moderne, sans références solides, je procédais à une recherche afin de tenter de saisir la personnalité des artistes les plus représentatifs et dé me créer quelques repères. Je réalisais que l’émergence de la Figuration Narrative remontait au milieu des années 60, 1964 précisément, lors d’une exposition, organisée par la ville de Paris au Musée d’Art Moderne, baptisée « Mythologies quotidiennes » rassemblant 34 artistes parmi lesquels Rancillac, Monory, Télémaque et Klasen.

On réalise rapidement La Figuration Narrative n’est pas un mouvement, on ne trouve en effet ni communion de style, ni manifeste, ni contraintes en vue d’achever cohérence et unité. Il n’y a pas de points communs, au sens de la technique picturale, entre les scènes de meurtre monochromatiques de Jacques Monory reproduisant l’ambiance des thrillers des années 60, le grossissement d’un détail particulier dans les scènes de la vie quotidienne de Gérard Schlosser et les couleurs vives des mises en scène grotesques de dictateurs sud-américains par Bernard Rancillac.

On retrouve néanmoins un sens commun qui s’inscrit en totale rupture avec l’obsession de l’objet en soi, la désincarnation de l’environnement, qui caractérise à la même époque le Pop Art ; la Figuration Narrative s’inscrit dans la temporalité, l’embrasse, implique le spectateur, lui offre une histoire dont il peut écrire le scénario, à sa guise, avant ou après l’image fixe qu’il contemple. On est très loin de la froideur assumée, de l’aspect statique des compositions des disciples du consumérisme même si, trop rarement, la banalisation et le côté kitsch confine à l’ironie.

Fort de mon savoir récemment acquis et de mon œil non moins fraichement acclimaté je retournais gaillardement à la galerie Strouk acheter mes premières toiles. Sans dire un mot à mon épouse, je décidais de suspendre sans attendre quelques œuvres de Schlosser, Monory et Klasen. Mon épouse dispose d’une solide formation artistique après des années passées à expertiser des maitres anciens pour le compte d’une grande maison de ventes anglo-saxonne. Je savais qu’il me fallait occuper le terrain plutôt que de tenter de négocier l’accrochage au risque de voir mes choix finir à la cave.

La réalité dépassa toutes mes anticipations et les toiles de Schlosser, en particulier, furent la cause de tensions majeures : pour résumer je voyais dans les scènes de la vie quotidienne un érotisme sagement contenu alors que ma femme les trouvait ouvertement pornographiques. Comment faire ? Il était pour moi impensable d’abandonner ma déclaration d’indépendance artistique. Une sage décision fut prise ; nous avions la chance d’avoir 2 résidences et j’acceptais d’exclure les Schlosser tendancieux de l’une d’elles et de cantonner mes artistes favoris dans l’autre.

L’attribution d’un espace dédié libéra la tension. Je pouvais enfin revendiquer mes choix sans contrainte et surtout rassembler des artistes ayant une lecture de l’art commune mais avec des techniques d’expression diverse.

Bien à vous,
Stefan Chaligne.